Vendre vos bombes de bain : le prix, dossier cosmétique compris
Noël dernier, vous aviez glissé trois bombes de bain maison dans chaque paquet. Le soir même, votre belle-sœur envoyait une photo de baignoire mousseuse et la phrase rituelle : « tu devrais les vendre ! ». Depuis, l’idée tourne.
Vous avez cherché des prix. Le web a répondu en grossiste : des lots à 0,80 € la bombe, des stands à 3 €. Côté créatrice, personne ne pose l’addition.
Ce vide a une raison. Une bombe de bain est un cosmétique, avec un dossier réglementaire qui fait fuir les articles de blog. Pas nous. Comptée honnêtement, dossier compris, une bombe de 100 g se vend 4,47 € en vente directe et 6,08 € sur Etsy. Voici le chemin, poste par poste.
En bref
- Une fournée réaliste : 20 bombes de 100 g moulées, 18 vendables, 16,20 € de matières, 1 h 45 de travail.
- Le dossier cosmétique coûte 150 à 300 € par recette et s’amortit sur les bombes vendues, ici 220 € sur 400, soit 0,55 € pièce.
- Coût de revient complet : 3,56 € la bombe, temps payé 18 € de l’heure.
- Prix juste : 4,47 € en vente directe, 6,08 € sur Etsy. À 3 €, le dossier n’est jamais remboursé.
Une bombe de bain est un cosmétique, au même titre qu’un savon
Une bombe de bain se dissout dans l’eau où quelqu’un trempe. Pour le règlement cosmétique européen, le CE 1223/2009, elle est de la même famille que le savon ou la crème pour les mains. L’origine des ingrédients n’y change rien. Bicarbonate alimentaire, cuisine en guise d’atelier, le produit reste un cosmétique.
Vendre en règle demande quatre pièces, aucune n’exigeant un laboratoire. Une évaluation de sécurité signée par un professionnel qualifié, toxicologue ou pharmacien. Un dossier d’information produit, le DIP, qui rassemble formule, évaluation et méthode de fabrication. Une notification gratuite sur le portail européen CPNP, faite en une soirée. Et des bonnes pratiques de fabrication, des règles d’hygiène écrites et suivies.
Le point qui décide de votre prix : tout se compte par recette, jamais par bombe. L’évaluation se facture 150 à 300 € selon l’évaluateur. Payée une fois, elle couvre la recette tant que la formule tient. Cent bombes ou mille, même dossier, exactement la mécanique du savon artisanal.
La fournée de vingt, du bicarbonate au prix affiché
Posons une fournée type. Deux kilos de pâte pour vingt demi-sphères de 100 g environ : 1 kg de bicarbonate, 500 g d’acide citrique, 250 g de fécule, 150 g d’huile de coco, 40 ml de parfum cosmétique, une pointe de mica. Au démoulage et au séchage, deux bombes s’effritent ou se fendent. Restent dix-huit à vendre, qui paient tout, ratés compris. Cette logique de fournée, les savonnières la connaissent par cœur.
Aux prix constatés en ligne cet été : 4,10 € le bicarbonate, 3,30 € l’acide citrique, 1,05 € la fécule, 1,95 € l’huile, 4,60 € le parfum, 1,20 € le mica. Total, 16,20 € la fournée, soit 0,90 € par bombe vendable.
Le temps, chronométré sans indulgence. 25 minutes de pesée et de mélange, l’humidité au pulvérisateur pour que la pâte ne pétille pas trop tôt. 40 minutes de moulage et de tassage. Le lendemain, 10 minutes de démoulage, puis 24 à 48 h de séchage avant l’emballage, 20 minutes, et la vaisselle poudreuse, 10. Au total, 1 h 45 de mains, moins de six minutes par bombe vendable.
À quel taux ? La savonnerie, métier parent des cosmétiques maison, se paie entre 15 et 25 € de l’heure, fourchette posée dans les repères 2026. Ici, 18 €. La loi ne connaît qu’un plancher, le SMIC à 12,31 € brut de l’heure, qui n’a jamais prétendu décrire un métier.
L’emballage ne se discute pas. Chaque bombe part sous film, seule, avec son étiquette, liste INCI, poids, numéro de lot et vos coordonnées. Comptez 0,28 € par pièce. Le séchage, lui, pèse sur le calendrier plus que sur l’addition. Une fournée du vendredi soir ne sera pas emballée pour le marché du samedi. La vraie avance d’argent arrive plus tôt encore, l’évaluation se payant des semaines avant le premier euro.
| Poste | Détail | Coût par bombe |
|---|---|---|
| Matières | 16,20 € la fournée ÷ 18 vendables | 0,90 € |
| Moules et petit matériel | 36 € amortis sur 25 fournées | 0,08 € |
| Emballage individuel | film et étiquette INCI | 0,28 € |
| Votre temps | 1 h 45 à 18 €/h ÷ 18 vendables | 1,75 € |
| Dossier cosmétique amorti | 220 € ÷ 400 bombes prévues | 0,55 € |
| Coût de revient | la bombe de 100 g | 3,56 € |
Reste à passer du coût au prix. La marge d’abord, 10 % en production de série, celle des essais ratés et des moules cabossés : 3,56 × 1,10 = 3,92 €.
L’URSSAF prélève ensuite 12,3 % du prix payé par la cliente, pas de votre bénéfice. En micro-entreprise, le calcul se fait à rebours : 3,92 ÷ 0,877 = 4,47 € en vente directe. Sur Etsy, la plateforme retient en plus 13,97 % du prix affiché, TVA sur ses frais comprise en franchise de TVA, et 0,56 € par commande. La formule devient (3,92 + 0,56) ÷ 0,7373 = 6,08 €. Même bombe, même argent pour l’atelier, deux étiquettes.
Pourquoi la bombe à 3 € ne rembourse jamais son dossier
Revenons aux prix du départ. Les 0,80 à 4,50 € hors taxes du gros sortent d’usines qui coulent une recette par dizaines de milliers de pièces, dossier dilué jusqu’à disparaître, matières à la tonne. Ce tarif décrit leur chaîne. Il ne dit rien de votre cuisine.
La bombe à 3 € du marché, elle, se dissèque. Vendue en direct, elle laisse 2,63 € après les 12,3 % de cotisations. Retirez 1,26 € de matières, moules et emballage. Payez vos mains 15 € de l’heure, bas de la fourchette : 1,46 € par bombe. Il manque déjà 9 centimes. Avant la marge. Avant le premier euro du dossier.
Poussez au SMIC et renoncez à toute marge, il reste 0,17 € par bombe pour l’évaluation. Un dossier de 220 € exige alors près de 1 300 ventes. Sur Etsy, l’étiquette à 3 € laisse 1,65 €, à peine plus que les 1,26 € de matières et d’emballage. Le dossier attend toujours.
Au prix juste, le tableau s’inverse. À 4,47 €, chaque vente porte 0,55 € pour l’évaluation, et la recette rembourse ses 220 € à la quatre-centième bombe. Ensuite, elle devient de la marge. Voilà le seuil de rentabilité d’une recette, celui qui doit dessiner votre gamme, pas la roue des parfums.
| Bombes prévues sur la recette | Dossier par bombe | Prix en vente directe |
|---|---|---|
| 200 | 1,10 € | 5,15 € |
| 400 | 0,55 € | 4,47 € |
| 800 | 0,28 € | 4,13 € |
D’où le conseil qui fâche : commencez à deux recettes, pas à dix. Dix recettes vendues 80 bombes chacune mettent 2,75 € de dossier par pièce et poussent l’étiquette à 7,23 €. Bonne nouvelle, beaucoup d’évaluateurs facturent une déclinaison de parfum ou de couleur bien moins cher qu’une recette neuve. Posez la question avant de composer la gamme.
Ce que les 220 € achètent vraiment
Notre position, que tout le monde ne partagera pas : ce dossier est le meilleur argument commercial de votre étal. Deux bombes lavande, à 3 et 4,50 €, semblent jumelles sous la guirlande d’un marché de Noël. Une seule porte un numéro de lot, une liste d’ingrédients et une recette validée par un toxicologue. La cliente qui achète pour le bain de ses enfants, celle qui lit les étiquettes pour une peau réactive, ne les confondra pas une seconde.
Écrivez-le sur la fiche produit. « Recette évaluée par un expert en sécurité cosmétique, notifiée au portail européen, fabriquée en petites fournées. » Cette ligne, la bombe à 3 € ne peut pas se l’offrir. Vos 0,55 € de dossier ne sont pas une taxe. C’est la ligne qui rend toutes les autres crédibles.
Sans dossier, il reste tout un rayon
Si 220 € et un classeur n’entrent pas dans votre projet cette année, la sortie honnête existe. Ce n’est pas la mention « produit décoratif » sous une bombe pastel, un produit se jugeant à l’usage, pas à la légende. C’est changer d’objet. Le rayon bain déborde de créations non cosmétiques : lingettes démaquillantes lavables, bandeaux et gants en éponge, porte-savons, filets à savon, paniers d’étagère. Aucun dossier, la même clientèle en face.
Un seul faux refuge, les sels de bain. Sels, fondants, gommages et huiles sont des cosmétiques au même titre que la bombe, dossier compris. La frontière ne sépare pas le simple de l’élaboré, elle sépare ce qui se verse dans le bain de ce qui reste au bord.
Posez votre recette dans le calculateur
Ces chiffres décrivent une fournée type, pas la vôtre. Parfum au double, moules de 24, tarif groupé, tout bouge. Le calculateur savon (gratuit) est construit pour ça : la fournée et ses pièces vendables, le dossier amorti par recette, l’étiquette. Entrez matières et minutes, il rend coût de revient et prix de base. Le reste, cotisations, frais par canal et outils des autres métiers, gratuits comme payants, se trouve sur la page des calculateurs.
Quant à la belle-sœur du réveillon, elle avait raison. Vous devriez les vendre. Pas à 3 €.
Quatre questions de fabricantes
Faut-il un dossier pour vendre des bombes de bain artisanales ?
Oui. Une bombe de bain est un cosmétique au sens du règlement CE 1223/2009. Avant la première vente, chaque recette doit avoir son évaluation de sécurité signée par un professionnel qualifié, son dossier d’information produit (DIP) et sa notification gratuite sur le portail CPNP. Comptez 150 à 300 € par recette, amortis sur les bombes vendues.
Quel prix pour une bombe de bain artisanale de 100 g ?
Autour de 4,47 € en vente directe et 6,08 € sur Etsy, en franchise de TVA. Ce prix couvre 0,90 € de matières, 0,36 € de moules et d’emballage, 1 h 45 de fournée payées 18 € de l’heure, 0,55 € de dossier amorti, 10 % de marge, puis cotisations et frais de plateforme.
Combien de bombes faut-il vendre pour rentabiliser une recette ?
À 4,47 €, chaque bombe vendue porte 0,55 € pour le dossier, et une évaluation à 220 € est remboursée à la quatre-centième vente. À 3 €, la bombe perd de l’argent avant la ligne du dossier, qui n’est jamais couvert. Le volume prévu par recette décide du prix, d’où l’intérêt d’une gamme courte.
Peut-on vendre des bombes de bain sans DIP ?
Non, quel que soit le canal ou la quantité. Le dossier vaut par recette, pas par bombe, ce qui le rend abordable dès qu’une recette tourne. Sans dossier, restent les accessoires non cosmétiques, lingettes lavables, bandeaux, porte-savons. Les sels et fondants de bain, eux, sont des cosmétiques aussi.