Votre taux Urssaf n'a pas bougé en 2026. Ce qu'il paie, si.
Le 14 avril, Léa déclare son premier trimestre 2026. 4 200 € de bijoux vendus, 516,60 € de cotisations. Elle rouvre son relevé de l’an dernier pour comparer : même taux, 12,3 %, au centime près. Elle referme l’onglet. Il s’est pourtant passé quelque chose ce trimestre-là.
Votre taux n’a pas bougé au 1er janvier 2026. Ce qu’il paie, si. La part qui va à la CSG-CRDS a reculé, celles qui vont à la retraite et à la maladie ont avancé, et rien sur votre relevé ne vous le dit. C’est le décret n° 2025-943 du 8 septembre 2025 qui a rebattu cette répartition interne.
Cette page suit l’argent depuis janvier, euro par euro. Elle dit aussi pourquoi la hausse de la retraite complémentaire des artisans, dont tout le monde parle, ne vous concerne pas. Et quel chiffre d’affaires valide quatre trimestres de retraite en 2026.
En bref
- Taux global inchangé : 12,3 % en vente de marchandises, 21,2 % en prestations de services commerciales et artisanales. Les mêmes qu’en 2025.
- Ce qui a changé au 1er janvier 2026, c’est la part du taux affectée à chaque risque : retraite complémentaire de 16,50 % à 19,75 % du taux global, retraite de base de 41,80 % à 43,45 %, CSG-CRDS de 29,70 % à 23,60 %.
- En euros, sur 10 000 € de ventes déclarées : la facture Urssaf reste 1 230 €, et 75,03 € quittent la CSG-CRDS pour la retraite, la maladie et l’invalidité. En prestations de services, 129,32 €.
- Aucune démarche. La nouvelle répartition s’applique depuis la déclaration de janvier 2026 faite en février, ou celle du premier trimestre faite en avril.
- La hausse de la retraite complémentaire des artisans de 7 % à 8,1 % vise les indépendants au réel, pas les micro-entrepreneuses.
- Pour valider quatre trimestres de retraite en 2026 : 24 869 € de ventes, 14 424 € de prestations de services, 10 928 € en bénéfices non commerciaux.
Où vont 100 € de cotisation, avant et après
L’Urssaf publie son propre exemple, et il vaut mieux que n’importe quelle explication. Pour une activité de vente de marchandises et 100 € de cotisation globale, voici la destination de chaque euro.
| Ce que financent 100 € de cotisation | En 2025 | À partir de 2026 |
|---|---|---|
| Retraite de base | 41,80 € | 43,45 € |
| Retraite complémentaire | 16,50 € | 19,75 € |
| Maladie et indemnités journalières | 8,90 € | 10,05 € |
| Invalidité-décès | 3,10 € | 3,15 € |
| CSG-CRDS | 29,70 € | 23,60 € |
Une seule ligne descend, la dernière. En 2025, la CSG-CRDS prenait 29,70 € sur les 100 €, elle en prend 23,60 € aujourd’hui. Les 6,10 € libérés se répartissent sur les quatre lignes du dessus.
Ce déplacement porte un nom dans les textes : les cotisations contributives. Une cotisation contributive ouvre un droit à votre nom, une pension, des indemnités journalières. La CSG et la CRDS financent la protection sociale de tout le monde et n’ouvrent rien de personnel. Le décret a fait passer 6,10 € des secondes vers les premières, sans toucher au total.
Ramenez ça à une année d’atelier. Sur 10 000 € de créations vendues, vous versez 1 230 €, exactement comme en 2025. Dedans, 75,03 € ont changé de case : la CSG-CRDS tombe de 365,31 € à 290,28 €, et la retraite complémentaire monte de 202,95 € à 242,93 €. En prestations de services, sur les mêmes 10 000 €, la facture reste 2 120 € et le montant déplacé est de 129,32 €.
Une exception, et elle vise nos illustratrices et nos créatrices de fichiers numériques. Celles qui déclarent en bénéfices non commerciaux, les BNC, ont bien vu leur taux monter, de 24,6 % à 25,6 % au 1er janvier 2026. Ce point de plus ne vient pas du décret de septembre 2025 mais d’une trajectoire ouverte en juillet 2024, dont la dernière marche devait être de 26,1 %. Elle a été abaissée à 25,6 %. Les deux pages de l’Urssaf existent toujours, l’une de juillet 2024, l’autre de janvier 2026, et c’est la seconde qui fait foi.
Léa, bijoutière : 2 066,40 € au même endroit, 126,05 € ailleurs
Léa vend des bijoux en argent sur Un Grand Marché et sur trois marchés de créateurs par an. Sur 2026, elle est partie pour 16 800 € de ventes, soit 2 066,40 € de cotisations sur l’année. Le même montant qu’avec les taux de 2025, au centime près.
Ce qui a bougé est à l’intérieur. Sa retraite complémentaire passe de 340,96 € à 408,11 €, soit 67,15 € de plus. Sa CSG-CRDS recule de 613,72 € à 487,67 €. Au total, 126,05 € ont changé de destination cette année.
Ces 67,15 € ne sont pas un cadeau. Ce sont des points de retraite complémentaire à son nom. À chiffre d’affaires constant, dix ans d’atelier à ce rythme font 671,50 € de cotisation retraite en plus, sans qu’elle ait versé un euro supplémentaire.

La hausse des artisans à 8,1 % ne vous concerne pas
Depuis le printemps, une phrase tourne sur tous les blogs : la cotisation de retraite complémentaire des artisans passe de 7 % à 8,1 %, et de 8 % à 9,1 % au-dessus d’un plafond. C’est exact. Ce n’est pas votre cotisation.
Deux mondes cohabitent sous le mot artisan. L’artisan au réel déclare un revenu, une fois par an, et chaque risque a son taux : tant pour la maladie, tant pour la retraite de base, tant pour la complémentaire. C’est lui que vise le 8,10 %, dans la limite de 48 060 € de revenu, et le 9,10 % au-delà. La micro-entrepreneuse, elle, ne déclare aucun revenu. Elle déclare un chiffre d’affaires et verse un pourcentage unique.
L’Urssaf l’écrit noir sur blanc sur la page de la réforme : les auto-entrepreneurs continueront de déclarer mensuellement ou trimestriellement leur chiffre d’affaires et leurs cotisations seront toujours calculées sur la base de celui-ci. Ce qui tient lieu de hausse chez vous, c’est la part. 19,75 % du taux global au lieu de 16,50 %. Le taux payé, lui, ne bouge pas.
Quatre trimestres de retraite en 2026, les chiffres ont changé
Un trimestre se valide avec un revenu cotisé égal à 150 fois le Smic horaire brut en vigueur au 1er janvier de l’année, et pas un centime de moins (article R351-9 du code de la sécurité sociale). Au 1er janvier 2026, ce Smic vaut 12,02 €. Un trimestre demande donc 1 803 € de revenu, quatre trimestres 7 212 €. Et comme votre revenu est votre chiffre d’affaires après abattement, le chiffre d’affaires à atteindre dépend de ce que vous vendez.
| Ce que vous déclarez | Abattement | 4 trimestres |
|---|---|---|
| Vente de vos créations | 71 % | 24 869 € |
| Ateliers, cours, retouches | 50 % | 14 424 € |
| Prestations libérales, en BNC | 34 % | 10 928 € |
À chiffre d’affaires égal, on ne valide pas le même nombre de trimestres. Une bijoutière à 15 000 € de ventes en valide deux, une animatrice d’ateliers à 15 000 € en valide quatre, et l’écart ne vient pas de leur travail, il vient de l’abattement.
Deux pièges vous attendent si vous cherchez ces chiffres ailleurs. Les montants de 24 579 € et 14 256 €, qui circulent encore partout, sont les seuils de 2025, calculés avec l’ancien Smic. Et la page « Questions fréquentes » du portail auto-entrepreneur affichait encore, au 21 septembre 2026, un tableau intitulé « Chiffre d’affaires à réaliser en 2024 ». Une page officielle peut être en retard, celle-là l’est.
Un point de plus, moins connu : la revalorisation du Smic au 1er juin 2026, qui l’a porté à 12,31 €, ne déplace pas ces seuils. Le texte retient le Smic du 1er janvier, et lui seul.
Ce que le décret n’a pas touché
Votre déclaration, d’abord. Même périodicité, mêmes cases, mêmes échéances. L’Urssaf le précise en une ligne : vous continuez à déclarer votre chiffre d’affaires dans des modalités inchangées. Aucune démarche n’est demandée, la nouvelle répartition s’est appliquée toute seule, à partir de la déclaration de janvier 2026 faite en février pour les mensuelles et de celle du premier trimestre faite en avril pour les trimestrielles. Si vous hésitez encore entre les deux rythmes, le comparatif est ici.
Vos plafonds, eux, sont fixés pour trois ans : 203 100 € en vente et 83 600 € en prestations, pour 2026, 2027 et 2028. Les autres lignes de votre relevé se calculent toujours à part, sur le même chiffre d’affaires : la contribution à la formation professionnelle et la taxe pour frais de chambre. Nous les avons détaillées dans les charges d’une créatrice en micro-entreprise.
Pour 2027, enfin, rien n’est décidé. Le projet de loi de financement de la sécurité sociale doit être déposé à l’Assemblée nationale au plus tard le 15 octobre. Au 21 septembre 2026, aucun texte ne l’est et le dossier législatif n’existe pas. Tout ce qui circule sur les cotisations de 2027 est une hypothèse, et nous n’annoncerons rien ici avant un texte déposé.
Une réforme qui ne coûte rien, et que personne n’a racontée
Disons-le, c’est une bonne nouvelle. Faire passer 75,03 € par tranche de 10 000 € de ventes d’une contribution qui n’ouvre aucun droit vers des cotisations qui en ouvrent, sans ajouter un centime à la facture, c’est exactement ce qu’on attend d’une réforme. Et la seule trace grand public en est un tableau de pourcentages, publié le 17 décembre 2025, que personne ne lit.
Une ligne sur le relevé trimestriel aurait suffi. « Sur vos 516,60 €, 224,46 € vont à votre retraite de base. » Cet article n’aurait pas eu lieu d’être.
Ce que vous faites avant la fin de l’année
- Lundi matin, ouvrez votre dernier relevé sur autoentrepreneur.urssaf.fr, rubrique « Mes déclarations ». Multipliez le montant des cotisations par 0,1975 : vous tenez ce que ce trimestre a versé à votre retraite complémentaire. Notez le chiffre, il n’apparaît nulle part.
- Avant le 31 décembre, comparez votre chiffre d’affaires de l’année au seuil de votre ligne, 24 869 € en vente ou 14 424 € en prestations. Les trimestres se comptent par année civile, dans la limite de quatre.
- Si vous déclarez en BNC, vérifiez le taux appliqué sur votre dernier relevé. Il doit afficher 25,6 %, pas 26,1 %. Les deux chiffres ont circulé, et un seul est en vigueur.
- Avant votre prochaine série, refaites un prix avec les 12,3 % dedans. Le simulateur de charges en micro-entreprise (gratuit) sépare les marchandises des prestations, ce que votre relevé ne fait pas.
AtelierTarif aide les créatrices à calculer leurs prix, pas à tenir leur comptabilité. Ceci n’est ni un conseil juridique ni un conseil comptable. Les taux et les seuils évoluent, vérifiez votre situation sur les sources officielles ci-dessous ou auprès d’une experte-comptable.
Alexandre S.
Sources
- Taux globaux et abattements par catégorie d’activité, applicables aux périodes courant à compter du 1er janvier 2026 : décret n° 2025-943 du 8 septembre 2025
- Nouvelle répartition du taux global, exemple pour 100 € de cotisation et dates d’application, page mise à jour le 17 décembre 2025 : Urssaf, portail auto-entrepreneur
- Taux BNC de 25,6 % depuis le 1er janvier 2026, page mise à jour le 30 janvier 2026 : urssaf.fr, et la trajectoire annoncée à 26,1 % le 10 juillet 2024 : autoentrepreneur.urssaf.fr
- Retraite complémentaire des artisans au réel, de 7 % à 8,1 %, et maintien du calcul sur le chiffre d’affaires pour les auto-entrepreneurs, page mise à jour le 7 mai 2026 : urssaf.fr
- Barème 8,10 % et 9,10 % et plafond de 48 060 €, page mise à jour le 27 février 2026 : urssaf.fr
- Règle des 150 heures de Smic par trimestre : article R351-9 du code de la sécurité sociale, et le montant de 1 803 € pour 2026 : circulaire Cnav 2025-33 du 23 décembre 2025
- Conversion en chiffre d’affaires par type d’activité : Bpifrance Création
- Plafonds de 203 100 € et 83 600 € pour 2026 à 2028, publié le 19 août 2026 : BOFiP, BOI-BAREME-000044
- Date limite de dépôt du projet de loi de financement de la sécurité sociale, le 15 octobre : article LO 111-6 du code de la sécurité sociale
Chiffres vérifiés le 21 septembre 2026.