Dépasser le plafond de la micro-entreprise : ce qui change, et quand
Vendredi, 19 h. La couturière ferme l’atelier, une pile d’ourlets sous le bras et deux vestes à finir pour lundi. Sur le groupe Facebook de son département, quelqu’un a écrit : « attention les filles, si vous dépassez le plafond vous perdez le statut du jour au lendemain ». Trente-deux commentaires. Aucun chiffre. Elle referme son téléphone avec la vague impression d’avoir fait quelque chose de mal, sans savoir quoi.
Alors posons les chiffres. Ils ont changé au 1er janvier 2026, et ils sont deux quand vous vendez vos pièces et que vous facturez aussi du travail à l’heure.
En bref
- Les plafonds du régime micro sont passés à 203 100 € pour la vente de créations et 83 600 € pour les prestations de services. Ils valent pour 2026, 2027 et 2028.
- Un dépassement sur une seule année n’a aucune conséquence. Vous sortez du régime micro le 1er janvier qui suit deux années consécutives au-dessus.
- En activité mixte, les deux plafonds s’appliquent en même temps : le total ne dépasse pas 203 100 €, dont 83 600 € au maximum de prestations.
- Ce plafond n’est presque jamais celui qui arrive en premier. La TVA se déclenche à 37 500 € de prestations et 85 000 € de ventes, soit plus de deux fois plus bas.
- Au basculement : régime réel d’imposition, bilan et compte de résultat, et cotisations calculées sur le bénéfice et non plus sur l’encaissé.
Les deux plafonds 2026, et ce qu’ils comptent
Les seuils du régime micro se révisent tous les trois ans. Le tour de 2026 est passé, et il a relevé les deux montants pour toute la période 2026-2028.
| Ce que vous encaissez | Plafond 2026-2028 | Plafond 2023-2025 |
|---|---|---|
| Vente de vos créations : bijoux, savons, céramique, vêtements, gâteaux | 203 100 € | 188 700 € |
| Prestations de services et activités libérales : stages, cours, retouches, réparations, commandes sur devis | 83 600 € | 77 700 € |
Trois précisions qui changent le calcul. Le montant se compte sur l’année civile, du 1er janvier au 31 décembre. Il se compte sur ce que vous avez encaissé, pas sur ce que vous avez facturé : une commande livrée le 20 décembre et payée le 5 janvier tombe dans l’année suivante. Et il se compte hors taxes, ce qui ne change rien tant que vous êtes en franchise de TVA, puisque votre prix affiché est votre prix encaissé.
Dernier point pour celles qui viennent de démarrer. La première année, le plafond est réduit au prorata de vos jours d’activité. La formule officielle est simple : seuil × nombre de jours d’existence dans l’année ÷ 365. Une activité créée le 31 janvier 2026 compte 335 jours, donc un plafond de 186 407 € en ventes, et de 76 729 € en prestations en appliquant la même formule. Dès l’année suivante, le plafond est plein.
Le plafond ne se franchit pas, il se répète
Voilà le point que les trente-deux commentaires n’avaient pas. Dépasser une année ne vous fait rien perdre du tout.
La règle tient en une phrase, et elle est écrite noir sur blanc par le service public : les revenus perçus à compter du 1er janvier de l’année N sortent du régime micro uniquement si l’un des seuils a été dépassé pendant deux années consécutives, en N-1 et en N-2. Autrement dit, vous sortez du régime le 1er janvier qui suit la deuxième année de dépassement d’affilée.
| Vos deux dernières années | Ce qui se passe au 1er janvier suivant |
|---|---|
| 2026 au-dessus, 2027 en dessous | Rien. Vous restez au régime micro, le compteur repart de zéro |
| 2026 en dessous, 2027 au-dessus | Rien. Vous restez au régime micro pour 2028 |
| 2026 au-dessus, 2027 au-dessus | Vous basculez au régime réel le 1er janvier 2028 |
C’est ici que le vocabulaire embrouille tout le monde. On parle de « seuil de tolérance » comme s’il existait un montant supplémentaire, une marge de quelques milliers d’euros au-dessus du plafond. Il n’y en a pas. La tolérance du régime micro ne se compte pas en euros, elle se compte en années. Le seuil majoré, celui qui vous laisse une marge chiffrée, existe bien, mais il appartient à la TVA. Nous y venons.
Activité mixte : deux plafonds, en même temps
Si vous vendez vos créations et que vous facturez du travail, vous êtes en activité mixte. Cette situation est la norme dans les ateliers : la céramiste qui anime des stages, la couturière qui fait des retouches, l’illustratrice qui vend des affiches imprimées et facture des commandes de dessin.
Dans ce cas, deux plafonds tiennent en même temps, et il faut respecter les deux :
- Le chiffre d’affaires total, toutes activités confondues, ne dépasse pas 203 100 €.
- La part qui vient des prestations de services ne dépasse pas 83 600 € à elle seule.
Ce n’est pas un choix entre les deux, ni une moyenne. Une couturière qui encaisse 100 000 € de vêtements vendus et 90 000 € de retouches reste sous le plafond global : 190 000 € au total, contre 203 100 € autorisés. Elle est pourtant en dépassement, parce que ses 90 000 € de retouches passent à eux seuls au-dessus des 83 600 € de la part prestations. Un seul des deux plafonds suffit à lancer le compteur, et la règle des deux années s’applique comme ailleurs : si elle refait la même année en 2027, elle bascule au réel le 1er janvier 2028.
Pour savoir ce qui part d’un côté et ce qui part de l’autre, la ligne de partage est celle de la matière, et nous l’avons détaillée dans vendre ses créations et animer des ateliers, deux taux URSSAF sur la même déclaration. En deux mots : ce que vous fabriquez avec votre stock part en ventes, ce que vous faites sur l’objet d’une cliente part en prestations.
Une couturière qui vend ses pièces et fait des retouches
Prenons son année 2026, telle qu’elle sort de son livre de recettes.
| Ce qu’elle a encaissé en 2026 | Nature | Montant |
|---|---|---|
| Robes et vestes vendues en ligne et sur les marchés | Vente de marchandises | 24 600 € |
| Commandes sur mesure, son tissu et ses fournitures | Vente de marchandises | 7 400 € |
| Retouches et réparations, environ 220 € par semaine sur 51 semaines | Prestation de services | 11 220 € |
| Total encaissé sur l’année | 43 220 € |
Deux contrôles à faire, pas un.
Le premier porte sur le total : 43 220 € contre un plafond de 203 100 €. Elle en est à 21 % du plafond. Large.
Le second porte sur la seule colonne des prestations : 11 220 € contre 83 600 €. Elle en est à 13 %. Il lui resterait 72 380 € de retouches à facturer avant d’y toucher, soit plus de six fois son volume actuel. Elle n’a pas assez de samedis dans une vie.

Ce résultat n’a rien d’exceptionnel. Il est même la situation ordinaire d’un atelier français : les plafonds du régime micro ont été taillés pour des commerces qui achètent et revendent en volume, pas pour un métier où chaque pièce coûte des heures. Le plafond de la micro-entreprise est le seuil dont on parle le plus dans les groupes de créatrices, et celui qui concerne le moins d’ateliers.
Le seuil qui vous rattrapera d’abord porte trois lettres
Regardez la même couturière avec les seuils de TVA en face.
| Sa colonne | Ce qu’elle encaisse | Plafond du régime micro | Seuil de TVA |
|---|---|---|---|
| Ventes de créations | 32 000 € | 203 100 € | 85 000 € |
| Prestations de services | 11 220 € | 83 600 € | 37 500 € |
Le seuil de TVA des prestations arrive plus de deux fois plus tôt que le plafond du régime micro : 37 500 € contre 83 600 €. Côté ventes, l’écart est du même ordre, 85 000 € contre 203 100 €.
Concrètement, si les retouches de notre couturière quadruplaient pour atteindre 44 880 €, ce n’est pas le régime micro qui bougerait. Elle resterait micro-entrepreneuse, tranquillement, à peine plus de la moitié de son plafond. Mais elle deviendrait redevable de la TVA, et pas au 1er janvier suivant : au-delà du seuil majoré de 41 250 €, la TVA s’applique dès le jour du dépassement. Le détail de ce mécanisme, seuil de base et seuil majoré compris, est dans la franchise de TVA en micro-entreprise.
C’est aussi pour ça qu’il vaut mieux surveiller sa colonne prestations que son total. Elle est plus petite, elle grimpe plus vite quand un atelier se met à bien tourner, et elle porte les deux seuils les plus bas.
Ce qui change le 1er janvier de la bascule
Admettons que ça arrive. Vous avez dépassé deux années de suite, vous passez au régime réel le 1er janvier. Voilà ce qui change vraiment.
| Au régime micro | Au régime réel | |
|---|---|---|
| L’impôt | Un abattement forfaitaire de 71 % sur les ventes, 50 % sur les prestations BIC, puis le barème | Le bénéfice réel, charges déduites une par une, justificatifs à l’appui |
| Les cotisations | 12,3 % des ventes encaissées, 21,2 % des prestations encaissées | Le régime de droit commun des indépendants, calculé sur le bénéfice, avec régularisation l’année suivante |
| La comptabilité | Un livre de recettes, un registre des achats | Un bilan, un compte de résultat, et dans les faits une comptable |
Le basculement est automatique du côté fiscal. Il ne se prépare pas tout seul pour autant. Une créatrice qui voit sa première année de dépassement arriver a douze mois pour parler à une comptable, et c’est le bon moment pour se demander si la micro-entreprise reste la bonne forme.
Une chose à savoir quand même : le régime réel n’est pas une punition. L’abattement forfaitaire du micro remplace vos charges réelles par un pourcentage. Si vos matières, votre loyer d’atelier et votre matériel dépassent réellement 29 % de votre chiffre d’affaires en vente, le réel vous coûte moins d’impôt que le micro. Beaucoup d’ateliers découvrent ça au moment où on les y force, alors que le calcul valait d’être fait bien avant.
Le contrôle à faire ce soir
Ouvrez votre livre de recettes. Deux colonnes : ce que vous avez vendu, ce que vous avez facturé en travail. Additionnez chacune de son côté, puis comparez la première à 203 100 € et la seconde à 83 600 €.
Si les deux vous laissent tranquille, ce que montre le simulateur de charges micro-entreprise (gratuit) sur votre chiffre d’affaires vous intéressera davantage : ce qui part vraiment à l’URSSAF chaque mois, aux taux 2026. Et si c’est le prix de vos pièces qui vous occupe plutôt que vos plafonds, le calculateur de prix couture (gratuit) reprend le calcul poste par poste. Le détail complet de ce que vous payez sur une année est dans les charges à prévoir quand vous vendez vos créations, et tous les chiffres cités ici sont datés et sourcés sur la page Repères 2026.
Le plafond, lui, peut attendre.
Sources
- Plafonds 2026 du régime micro et règle des deux années consécutives : entreprendre.service-public.gouv.fr (F32353)
- Régime fiscal de la micro-entreprise, activité mixte et prorata de la première année : entreprendre.service-public.gouv.fr (F23267)
- Taux du régime micro-social 2026, 12,3 % et 21,2 % : entreprendre.service-public.gouv.fr (F37353)
- Suppression du seuil unique de franchise de TVA à 25 000 € et seuils maintenus : service-public.gouv.fr (A17995)
- Revalorisation des seuils pour la période 2026-2028 : CCI Paris Île-de-France
Chiffres vérifiés le 7 août 2026. AtelierTarif est un outil d’aide au calcul de prix, pas un conseil fiscal ni juridique. Pour une décision qui engage votre atelier, appuyez-vous sur les sources ci-dessus ou sur votre URSSAF.