Faire une promo sur vos créations sans brader votre salaire
Trois créatrices que vous suivez ont posté la même story ce week-end, moins 20 % sur toute la boutique jusqu’à lundi. Vos ventes sont molles depuis deux semaines. Votre pouce hésite au-dessus de « nouvelle story ». Laissez-le hésiter deux minutes. Il manque un chiffre à votre décision, et ce n’est pas le pourcentage.
En bref :
- Fournitures et écrin : 5,50 €
- Votre heure au plein prix : 20,76 €
- Votre heure avec la remise de 20 % : 15,29 €
- Ce que l’URSSAF vous rend : 64 centimes
- Ce que la remise prend sur votre paie : 4,56 €
- Remise plafond, plancher à 23,38 € : 10 %
Une promo ne se décide pas depuis l’envie, encore moins depuis la peur d’un week-end sans ventes. Elle se calcule depuis votre plancher. La différence entre les deux se lit sur votre salaire, et on va vous la montrer au centime.
Comment faire une promo sur vos créations sans vendre à perte
Calculez d’abord ce que la pièce vous coûte, fournitures, emballage, frais du canal de vente et cotisations (12,3 % du prix en vente de marchandises en 2026). Ajoutez votre heure minimum, divisez par 0,877 : c’est votre prix promo plancher. En dessous, vous travaillez à perte. Sur un bracelet à 26 €, la remise plafond tombe à 10 %, pas 30.
La remise ne voit qu’une couche de votre prix
Un prix de création s’empile en deux couches. En bas, le sol. Les fournitures, l’emballage, les frais du canal qui encaisse, les cotisations prélevées sur chaque euro. Cette couche ne négocie jamais. Votre fournisseur de perles ne baisse pas ses tarifs parce que c’est le Black Friday chez vous, et l’URSSAF ne connaît pas votre code promo.
Au-dessus du sol, il ne reste qu’une seule couche : celle qui vous paie. Vos heures, et la petite marge qui absorbe les essais ratés et l’usure des outils.
Vous voyez le piège venir. La cliente lit moins 20 % sur le prix. Mais la couche du bas ne bouge pas d’un centime, alors les 20 % se servent presque entièrement dans la couche du haut. La vôtre. Une remise n’est pas une baisse de prix. C’est une baisse de salaire avec un nom plus vendeur.

Un bracelet à 26 €, une story à moins 20 %
Prenons un bracelet en perles et argent, 50 minutes de travail, montage et fermoir compris. Comptez 4,60 € de fournitures et 0,90 € d’écrin, une vente en direct sur Instagram à 26 €, le port payé à part. Rien de gonflé là-dedans. Votre heure y vaut 20,76 €, dans les 18 à 30 € de l’heure qu’on conseille pour le bijou. Voici la même vente, au plein tarif puis pendant votre story à moins 20 %, soit 20,80 €.
| Poste | Plein prix 26 € | Remise 20 % |
|---|---|---|
| Fournitures et écrin | 5,50 € | 5,50 € |
| Cotisations (12,3 %) | 3,20 € | 2,56 € |
| Reste pour vos 50 min | 17,30 € | 12,74 € |
| Votre heure | 20,76 € | 15,29 € |
La remise affichée fait 5,20 €. L’URSSAF en rend 64 centimes, parce que ses cotisations suivent le prix encaissé. Le reste vient de vous. 4,56 € pris sur votre paie, soit 88 % du cadeau. Votre pouce a offert moins 20 % à la cliente, et moins 26 % à votre heure.
Poussez le curseur. À moins 30 %, le bracelet part à 18,20 € et votre heure tombe à 12,55 €. Le SMIC est à 12,31 € brut depuis le 1er juin 2026. Il vous reste 24 centimes de gras, et encore : ce brut-là, un salarié le touche avec des congés payés et du chômage derrière.
Et sur Etsy, le sol monte d’un étage. Une vente à 26 € y laisse environ 4,20 € de frais (grille Etsy relevée le 10 juillet 2026 : commission, paiement, frais réglementaires, mise en ligne, TVA de 20 % sur ces frais quand vous êtes en franchise). Votre heure au plein prix vaut déjà environ 15,70 €. La même story à moins 20 % la met à 11,13 €. Sous le SMIC horaire brut, alors que personne ne vous paie vos congés. Sans même vous en rendre compte.
Votre pourcentage plafond se calcule un soir de calme
Ne cherchez pas combien vous pouvez offrir. Cherchez le prix en dessous duquel vous refusez de travailler. Trois chiffres suffisent. Ils tiennent sur un ticket de caisse.
D’abord, ce que la pièce vous coûte de votre poche, fournitures et emballage. Ensuite, votre taux horaire minimum. Pas le rêvé. Celui en dessous duquel c’est non. Le SMIC sert d’argument, jamais d’objectif, alors prenons 18 € pour ce bracelet. Enfin, les cotisations : divisez par 0,877 au lieu d’ajouter 12,3 %, parce qu’elles se prélèvent sur le prix encaissé, pas sur vos coûts.
Pour le bracelet, ça donne 5,50 € plus 15 € de travail (50 minutes à 18 €), le tout divisé par 0,877. Prix promo plancher : 23,38 €. Sur une étiquette à 26 €, votre remise plafond fait donc 2,62 €. Dix pour cent. Pas trente. Le moins 30 %, c’est un chiffre de grande enseigne. Elle, elle se rattrape sur le volume. Vous, vous n’avez que vos heures.
Une nuance selon votre activité. Ces 12,3 % valent pour la vente de marchandises, le cas de la plupart des créations. Si la vôtre relève des prestations de services, comptez 21,2 % et divisez par 0,788. Sur ce bracelet, le plancher grimpe à 26,02 € et il ne reste rien à offrir.
Ce plancher ne compte d’ailleurs ni vos frais fixes, ni la CFP et la taxe pour frais de chambre (0,52 % de plus), ni un euro de marge pour les essais ratés. Le vrai plancher est donc un peu plus haut. Si votre pourcentage plafond vous déçoit, regardez votre étiquette avant de regarder la promo : elle était déjà trop juste.
Trois gestes qui laissent votre salaire tranquille
Vous voulez quand même animer le week-end. Très bien. Un geste commercial peut se financer ailleurs que dans vos heures.
Premier geste, le duo. Le bracelet à 26 € et les boucles assorties à 22 €, réunis à 44 € au lieu de 48. La remise affiche 4 €, mais vous économisez un écrin (0,90 €) et les cotisations baissent de 49 centimes avec le prix. Coût réel du geste : 2,61 €. Votre panier moyen passe de 26 à 44 €.

Deuxième geste, le port offert à partir d’un seuil. Jamais « port offert » tout court. Un seuil posé une petite pièce au-dessus de votre panier moyen, du genre 35 à 39 € quand vos commandes tournent autour de 26. La cliente ajoute des boucles, et l’affranchissement est payé par une commande qui a grossi. Ce seuil se calcule, il ne se recopie pas, et la méthode tient dans l’article sur les frais de port.
Troisième geste, la série limitée. C’est l’urgence d’une promo, sans la remise. Dix pièces numérotées, en ligne jusqu’à dimanche, dans une couleur qui ne reviendra pas. La rareté fait le reste. Gardez les vraies soldes pour les fins de série, quand un modèle s’arrête et que l’étagère doit se vider. Là, la remise a une raison, une date et une fin.
Quand l’envie de solder n’est pas une envie
Deux situations ressemblent à un besoin de promo. Aucune n’en est un.
Le « c’est trop cher » reçu en message privé. Si c’est lui qui vous pousse vers l’étiquette barrée, répondez avec des mots plutôt qu’avec des euros. Il existe sept réponses qui tiennent sans toucher au prix.
Autre cas, la boutique qui demande « un petit geste sur vos tarifs ». Ce geste-là ouvre une négociation de prix de gros, avec ses règles et son calcul propres. Avant de dire oui à un coefficient, regardez comment se construit un prix revendeur.
Une vraie promo se programme au calme, avec une raison que la cliente comprend et une date de fin. Tout le reste est une réaction. Et les réactions se paient en salaire.
La calculette avant le pouce
Avant la prochaine story, posez vos trois chiffres, fournitures, heure minimum, cotisations. Le calculateur de prix pour bijoux, gratuit, refait ce calcul avec vos perles et vos minutes à vous, et douze métiers ont le leur. Il s’arrête avant les cotisations et les frais de canal. C’est le pack AtelierTarif, payant, qui les chiffre, avec vos frais fixes, vos amortissements et les tableurs.
Ensuite seulement, choisissez votre pourcentage. Une étiquette barrée doit raconter une décision. Jamais un creux de ventes.