Commande urgente : une urgence ne crée pas d’heures, elle les prend à quelqu’un

Six tasses au prénom pour un mariage : 39,25 € au délai normal, plus 8,30 € de four et 9,29 € de soirées, soit 56,84 € la tasse livrée en quinze jours.

« Bonjour, j’ai vu vos tasses chez une amie. Je me marie le samedi 7 novembre. Pourriez-vous en faire six, avec les prénoms de mes témoins ? Je passe les chercher quand vous voulez avant. Inès. »

Le mail est arrivé dans la nuit de mercredi à jeudi. Hélène, céramiste près d’Angers, le lit avant d’allumer le tour, devant l’étagère où sèchent les douze bols de Mathilde, promis pour la mi-novembre. Elle compte sur le calendrier punaisé au-dessus de l’évier. Quinze jours. Sa file d’attente en fait cinq semaines. Elle a envie de dire oui, parce que c’est un mariage, et parce qu’Inès a écrit « vos tasses ».

Avant de répondre, il lui manque un chiffre. Pas celui de ce qu’elle peut faire. Celui de ce que ce oui va déplacer.

Une commande urgente ne se chiffre pas en pourcentage du prix. Elle se chiffre en trois choses, le délai que votre matière ne raccourcit pas, les heures qu’il faut prendre ailleurs, et les frais qui ne se partagent plus.

En bref

  • Une urgence ne crée pas d’heures. Elle les prend sur vos soirées, ou sur le délai des clientes qui attendent. Six tasses au prénom, c’est 6 heures de travail (calcul AtelierTarif, octobre 2026).
  • Au délai normal, notre tasse au prénom se vend 39,25 €. Faite le soir, avec un four lancé pour elle et ses cinq sœurs, 56,84 €. Supplément pour les six, 105,54 €.
  • Un four au quart plein coûte 4,67 € de cuisson par tasse au lieu de 1,17 €, pour 14 € par cuisson, biscuit et émail.
  • Le repère de 25 % sur les heures du soir vient du Code du travail, qui majore d’autant les huit premières heures supplémentaires d’un salarié. Un repère, pas une obligation.
  • Le délai que la matière impose ne s’achète pas. En dessous, le seul prix honnête est un refus qui propose autre chose.

Douze jours que la terre ne négocie pas

Hélène tourne, puis la terre raffermit. Le lendemain, tournassage et anse. Ensuite au moins une semaine sur l’étagère, sinon la tasse éclate au biscuit. Une cuisson, une journée de refroidissement, l’émail et les prénoms à l’oxyde, une seconde cuisson. Dans son atelier, au plus court, il y a douze jours entre la motte et la tasse défournée.

Ces douze jours, aucun supplément ne les raccourcit. Inès en laisse quinze. Il reste trois jours de jeu, et c’est la première chose à écrire dans la réponse.

Chaque métier a son plancher. Un savon saponifié à froid demande une cure de 4 à 6 semaines avant de partir, comme le rappelle notre guide du prix du savon, et aucune urgence ne vaut un savon qui pique. Une résine doit durcir à cœur. Un pull, lui, n’a aucun plancher de matière, seulement des heures. C’est là que l’urgence devient traître, parce que tout paraît faisable, et un pull sur commande en deux semaines se tricote sur vos soirées.

Commencez donc par ce chiffre-là. Si la date tombe dessous, vous n’avez pas de prix à calculer.

Six heures, prises à quelqu’un

Une tasse de la gamme d’Hélène demande 40 minutes de travail. Le prénom en ajoute 15, le chargement d’un four pour six pièces seules 5. Soixante minutes par tasse, six heures pour la commande. Hélène tourne six heures par jour. Ses journées sont déjà vendues, aux bols de Mathilde et aux commandes derrière.

Elle a deux sources possibles. Ses soirées. Ou la file.

Si elle prend la file, les tasses passent devant et chaque cliente qui attendait attend un jour de plus. Le prix d’Inès bouge à peine. Le coût, lui, est bien réel. Il est payé par Mathilde, qui n’a rien demandé.

Une urgence acceptée se fait sur vos heures, pas sur le délai promis à quelqu’un d’autre. Vous pouvez faire autrement en appelant chaque cliente de la file pour lui demander son accord. Sans cet appel, la seule personne à qui vous pouvez prendre des heures, c’est vous.

Restent les soirées, et la question de leur prix. À défaut d’accord, le Code du travail paie 25 % de plus les huit premières heures supplémentaires de la semaine d’un salarié (article L. 3121-36). Vous n’êtes pas salariée, rien ne vous y oblige. Mais c’est un repère que tout le monde comprend, Inès comprise. À 25 € de l’heure, les soirées d’Hélène passent à 31,25 €.

Le four au quart plein

Le deuxième poste se voit moins. Le four d’Hélène prend 24 tasses. Une cuisson lui coûte 14 €, électricité et usure comprises, le chiffre de notre guide du prix d’une céramique. Chaque tasse en connaît deux, le biscuit puis l’émail. Four plein, 28 € divisés par 24, soit 1,17 € par tasse.

Les tasses d’Inès ne peuvent pas attendre que le four se remplisse. Les bols de Mathilde partent au biscuit cette semaine, bien avant que les tasses soient sèches, et le reste de la file n’en est pas au même stade. Six tasses partent donc seules. 28 € divisés par 6, 4,67 € par tasse. 3,50 € de plus sur chacune, avant marge et cotisations.

Le four au quart plein : deux cuissons à 14 €, 1,17 € par tasse four plein, 4,67 € pour six tasses seules, 3,50 € de plus par tasse.

Si vous avez des pièces de stock prêtes à cuire, remplissez le four et la ligne disparaît. C’est le seul geste qui fait baisser le prix d’une urgence sans rien prendre à personne. En savon, la même ligne s’appelle une fournée lancée pour une seule commande. En bougie, une coulée de cire pour quatre pots.

Quatre réponses à la même demande

Le calculateur de prix céramique (gratuit) fait le reste, réglé à 25 € de l’heure, 8 % de casse et 20 % de marge. Son formulaire n’a pas de case pour le four, alors Hélène ajoute sa part de cuisson dans le champ des matières, avec la terre et l’émail (2,20 €) et l’oxyde des prénoms (0,10 €). Chaque prix ci-dessous est celui que le calculateur affiche, divisé par 0,877 pour payer les 12,3 % de cotisations.

Six tasses au prénom pour le 7 novembre, quatre façons de répondre (calcul AtelierTarif, octobre 2026)
Réponse, et qui paie le délaiLe calculateur affichePrix d’une tasse (les six)
Six tasses du stock, sans prénom, à prendre demain
Qui paie : Personne
26,14 €
saisi : 3,37 €
et 40 min
29,81 €
(178,86 €)
Au prénom, dans la file, début décembre
Qui paie : Inès, qui se marie sans
34,42 €
saisi : 3,47 €
et 55 min
39,25 €
(235,50 €)
Au prénom, en passant devant la file
Qui paie : Mathilde et la file
41,70 €
saisi : 6,97 €
et 60 min
47,55 €
(285,30 €)
Au prénom, le soir, four lancé pour elles
Qui paie : Inès, au prix des soirées
49,85 €
saisi : 6,97 €
et 60 min à 31,25 €/h
56,84 €
(341,04 €)

Le supplément d’urgence fait 17,59 € par tasse, 105,54 € pour les six. Il se lit en deux morceaux, 8,30 € pour le four et son chargement, 9,29 € pour les soirées.

Une tasse, quatre prix : 29,81 € du stock, 39,25 € au prénom dans la file, 47,55 € devant la file, 56,84 € le soir avec un four dédié ; 105,54 € de supplément pour six.

Une tasse à 56,84 €, c’est cher ? Ce n’est pas à vous d’en décider à la place d’Inès. Elle a quatre lignes devant elle, dont deux sous 40 €. Le seul choix injuste serait de lui vendre la quatrième au prix de la deuxième, et de payer la différence vous-même un soir de novembre.

La casse qu’on ne rattrape plus

8 % de casse, c’est une moyenne sur l’année. Sur une fournée ordinaire, une tasse fêlée se refait la semaine suivante. Sur une urgence, non. Si la tasse de Léa, la première témoin, sort fêlée du four le 3 novembre, il faut douze jours pour la refaire, et le mariage aura eu lieu.

Une septième tasse tournée avec les autres rattrape une fêlure au biscuit, puisque les prénoms se posent après. Si les six passent, elle rejoint le stock. Une casse à l’émail, en revanche, ne se rattrape pas. Écrivez-le dans le devis, avec ce qui se passe alors, par exemple « une pièce cassée à la cuisson est refaite et livrée sous trois semaines ». Une date promise par écrit vous engage, et l’acompte se demande avant de tourner, deux points détaillés dans notre article sur les commandes personnalisées.

Dire non, avec un chiffre

Si Inès avait écrit pour le samedi 31 octobre, neuf jours plus tard, Hélène n’aurait eu aucun prix à calculer. Son plancher est à douze. Un refus sec laisse une mariée sans cadeau pour ses témoins. Un refus chiffré lui laisse un choix.

« Merci pour votre message, il me touche. Une tasse demande douze jours entre le tour et le dernier passage au four, je ne peux pas les faire pour le 31. J’ai six tasses en stock, sans prénom, à 29,81 € pièce. Vous pouvez venir les voir demain. »

Pour le 7 novembre, la réponse est un oui avec deux prix, celui de la file et celui des soirées. Inès choisira. Vous aussi, d’ailleurs. Si vos soirées de novembre ne sont pas à vendre, la quatrième ligne n’existe pas, et c’est une réponse complète.

Toute la réponse tient en trois chiffres, et ils se connaissent avant que le mail arrive. Le délai plancher de votre matière, les heures libres de votre semaine, le prix d’un four, d’une fournée ou d’une coulée lancés pour une seule cliente.

Ce qu’on nous demande sur les délais courts

Faut-il ajouter un pourcentage fixe pour une commande urgente ?

Pas sur le prix de la pièce. L’urgence coûte des heures déplacées et des frais qui ne se partagent plus, deux montants qui ne suivent pas le prix. Un pourcentage se défend sur les seules heures faites le soir, et 25 %, le repère du Code du travail pour les premières heures supplémentaires d’un salarié, en est un.

Peut-on faire passer une commande urgente avant les autres ?

Vous le pouvez, mais le délai gagné par l’une est perdu par les autres. Dans notre exemple, six heures de travail retardent d’un jour chaque commande de la file. Nous conseillons de faire l’urgence sur vos propres heures, et de la facturer comme telle.

Comment compter un four ou une fournée lancés pour une seule commande ?

Divisez le coût de la cuisson par le nombre de pièces réellement enfournées, pas par la capacité du four. Deux cuissons à 14 € pour six tasses au lieu de 24 font 4,67 € par tasse au lieu de 1,17 €.

Quand refuser une commande urgente ?

Quand la date tombe sous le délai que votre matière impose, séchage, cure ou durcissement. Aucun supplément ne raccourcit douze jours de céramique ou quatre semaines de cure d’un savon. Proposez alors une pièce du stock, avec son prix.

AtelierTarif calcule des prix, pas des contrats. Les durées de séchage et de cuisson sont celles de notre exemple, les vôtres dépendent de votre terre et de votre four.

Alexandre S.

Sources

Sources relues le 22 octobre 2026.

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